L’illettrisme : fléau de notre société
1 h 43 min dans Actualités & Business, Tous les articles par SCampion
Y a-t-il une liberté d’expression pour quelqu’un qui ne sait ni lire ni écrire quand on sait que l’écriture structure la pensée et donc la parole? Peut-on accepter qu’une frange de plus en plus importante de la population ne puisse exercer pleinement sa citoyenneté? 
Le mot illettrisme (venant du latin illitteratus signifiant « ignorant ») est un néologisme créé en 1981 par la « Fondation ATD Quart Monde » afin de désigner les seuls français, sortis en situation d’échec de l’école, avec une connaissance insuffisante de l’écrit, vite perdue faute d’un emploi régulier, et de les différencier de ces autres catégories d’illettrés.
Auparavant, la définition de l’UNESCO de l’analphabétisme ne permettait pas de faire cette distinction. L’illettrisme a de nombreuses conséquences, notamment une mésestime de soi découlant du fait qu’on n’est pas capable de « faire comme tout le monde ».
Comment assumer le fait qu’on ne sache pas lire devant ses propres enfants ? Les relations avec les administrations, les hôpitaux, les assurances se basent essentiellement sur l’écrit. Enfin, toute participation à la vie civique est empêchée : comment voter, élire, adhérer à des partis politiques ou s’inscrire sur des listes ?
Ne pas savoir lire, c’est ne pas être citoyen !
En Belgique, aussi choquant que cela puisse paraitre, 1 adulte sur 10 ne sait ni lire ni écrire. Comment au 21ème siècle une société qui se targue de progrès social peut-elle encore accepter une telle situation?
On ne se rend pas compte du nombre de textes qui nous passent devant les yeux en seulement 24 heures. Cela va des manchettes de journaux aux annonces de soldes, en passant par les horaires, les publicités et les enseignes, sans parler du courrier. Autour de l’illettrisme, il y a un profond sentiment de honte ; c’est un sujet tabou.
On parlerait presque plus facile de sexualité. Les « victimes » ne sont pas stupides, bien au contraire ! Elles travaillent le plus souvent, mais doivent se contenter de tâches peu valorisantes, et n’espèrent pas gravir un jour les échelons hiérarchiques.
L’urbanisation, la richesse et l’éducation sont parmi les principaux facteurs relatifs à l’illettrisme. Les difficultés de lecture et d’écriture rendent l’insertion de l’illettré dans son groupe et dans la société en général très difficile, notamment pour l’accès au marché du travail.
Dans une période de crise de l’emploi et de restructuration accélérée de l’économie, les employeurs n’ayant que l’embarras du choix, il est évident que ceux qui sont en froid avec le calcul, la lecture et l’écriture sont les premiers à être hors circuit et courent le risque de l’exclusion sociale. 
La Belgique compterait huit cents mille illettrés
Dans un pays où la scolarité est obligatoire jusqu’à 18 ans, la question qui se pose est celle de la responsabilité de l’enseignement.
Et cependant, nous croyons savoir que l’instruction est obligatoire, dans notre pays, depuis bientôt un siècle ! Quels résultats donnera cet échec de l’enseignement d’ici quelques années ?
Une série d’indices montrent qu’en Belgique le taux de personnes analphabètes (ou illettrées) tourne autour de 10% mais il n’y a pas d’étude d’ampleur des compétences des adultes.
Une chose est certaine, la situation en Belgique est la même que dans tous les pays industrialisés.
Néanmoins, la Belgique présente des particularités liées aux langues (français, néerlandais et allemand) officielles.
Cet aspect doit amener à étudier le phénomène de l’illettrisme en considérant la communauté linguistique dans laquelle il se présente. En Belgique, nous rencontrons surtout des cas d’analphabétisme fonctionnel.
Même si toutes les classes sociales sont concernées, ce phénomène touche surtout les personnes provenant de familles pauvres et exclues. Il s’agit en majorité de personnes ayant mal vécu leur scolarité (changements d’école, redoublements, absentéisme).
Plus d’un adulte flamand sur sept (de 15 à 18% de la population ou entre 700.000 et 850.000 adultes) ne sait pas assez lire ou écrire pour fonctionner correctement dans la société (source : Vlaams Ondersteuningscentrum voor de Basiseducatie).
On estime qu’en Communauté française Wallonie-Bruxelles, un adulte sur dix ne sait « ni lire ni écrire, en le comprenant, un exposé simple et bref de faits en rapport avec sa vie quotidienne ».
Cette estimation est une estimation minimaliste si on la compare aux résultats obtenus par les enquêtes menées dans les pays comparables (source : Lire et Ecrire (2006), Questions sur l’alphabétisation. Réponses aux 59 questions les plus fréquentes).
En Belgique, 75% des détenus sont sans diplôme, ou avec pour unique diplôme le certificat d’études de base (fin du cycle primaire).
Il n’y a pas de profil type de ces personnes.
Ces publics sont extrêmement diversifiés. La situation varie fortement selon la région et l’organisation.
Le 8 septembre est la Journée internationale de l’Alphabétisation.
Prise de conscience de l’illettrisme en Europe
L’illettrisme et la grande pauvreté constituent donc un fléau ; pourtant l’opinion et les pouvoirs publics n’en ont pris conscience que récemment : l’angle de l’illettrisme est celui sous lequel les pays de la CEE ont conscience qu’il y a un grave problème d’éducation de base pour une partie non négligeable de la population après l’avoir certainement considérablement sous-estimé.
« Notre société a-t-elle besoin d’une population illettrée ? »
Pour ma part, je formulerais plutôt la question de la manière suivante : « Notre société a-t-elle besoin de la population illettrée ? » A cette question, je réponds : « Oui, absolument ».
Nous avons besoin des personnes qui sont en situation d’illettrisme aujourd’hui pour qu’elles nous guident, pour apprendre d’elles et chercher avec elles comment gagner le droit à l’instruction pour tous.
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